La nouvelle République – 24/11/12

Ecole à la maison : le bras de fer d’une famille

Pour leurs enfants, Eric et Delphine ont choisi l’instruction en famille. Une liberté qu’ils estiment mise à mal par les contrôles de l’inspection académique.

A la naissance de leur fille en 2004, Eric et Delphine ne s’étaient même pas posé la question : vers l’âge de 3 ans, Aliénor irait à l’école, comme tous les autres bambins. Mais au fil des années, le couple s’est interrogé sur « la capacité du système scolaire »à répondre aux exigences qu’il nourrit pour ses enfants, notamment en terme de rythmes d’apprentissage, d’éveil et de prise en compte de la personnalité de l’élève.
Au sixième anniversaire de leur fille et comme l’exige la loi, Eric et Delphine ont donc fait part de leur choix à l’inspection académique des Deux-Sèvres et à la mairie de leur commune, Villiers-en-Plaine : Aliénor serait instruite en famille. Une liberté qu’ils estiment aujourd’hui mise à mal par l’administration de l’ Éducation nationale.

«  Tests de CP  »

A l’origine du malaise, les contrôles effectués une fois par an par les inspecteurs auprès des familles. Des visites qu’Eric et Delphine jugent « irrespectueuses de la liberté pédagogique » dont bénéficient les parents. Car si la loi stipule qu’à 16 ans, l’enfant doit avoir acquis l’ensemble des connaissances du socle commun, elle précise aussi que ces contrôles « n’ont pas pour objet de valider un quelconque niveau scolaire, auquel d’ailleurs ils ne doivent pas faire référence ». Autrement dit, l’enfant, évoluant à son rythme, peut parfaitement être en avance en français ou accuser un retard en calcul par rapport au programme officiel. « Lors de son premier contrôle, Aliénor a été d’emblée soumise à des tests de CP, relate Eric. Nous en sommes ressortis un peu ébahis. »

«  Pas pour mettre des banderoles  »

Le couple reproche également à ces inspections de « porter atteinte à leur vie privée » : « Etant donné son âge, le petit frère d’Aliénor n’est pas concerné par l’instruction obligatoire et donc encore moins par ces contrôles. Il est pourtant mentionné dans les comptes rendus de l’inspecteur. Or, toute remarque sur notre famille, nos activités, revenus, etc. ne peuvent être émises que si nous le souhaitons nous-mêmes, qui plus est dans le cadre d’un rapport officiel à l’administration de l’État ».
Des attitudes « autoritaristes » et synonymes de « mise sous pression des enfants »selon le couple, qui soupçonne l’administration de vouloir « décourager les familles et faire en sorte que leurs enfants intègrent le système dit classique ». « Lorsque nous nous sommes lancés dans l’instruction à la maison, c’était par choix de vie, pas pour mettre des banderoles, témoigne le papa d’Aliénor. Je ne suis pas militant, mais je le deviens face à une administration qui place sa mission au-dessus des lois. »

La famille explique ses choix et ses engagements sur son blog http://www.ecoledesherbesfolles.fr

CHIFFRES CLÉS

En Deux-Sèvres, 8 inspecteurs de l’Éducation nationale (IEN) effectuent les contrôles des enfants relevant du niveau primaire.

Dans le premier degré, 21 enfants sont concernés par l’instruction à domicile (le nombre chute à 10 dans le second degré). Pour 17 d’entre eux, l’enseignement est délivré par les parents. Quatre suivent un enseignement à distance.

LA PHRASE

« Dans 99 % des cas, un réel climat de confiance s’instaure entre l’inspecteur et la famille. »

Annick Henriot est inspectrice de l’Éducation nationale et adjointe au directeur académique des Deux-Sèvres : « Nous ne sommes pas dans un objectif de jugement, mais de protection de l’enfance. Le contrôle de l’inspecteur porte sur la réalité de l’instruction dispensée et sur les acquisitions de l’enfant. Si un enfant est en âge d’être en CE2, je ne viens pas avec un programme sous le bras. Nous sommes aussi là pour voir si l’enfant progresse. S’il ne sait pas faire une division, je vais voir s’il sait faire autre chose. Et si on lui demande de faire un exercice, ce n’est en aucun cas pour le mettre sous pression, mais pour s’assurer que c’est bien lui qui a fait les autres, ou vérifier qu’il a intégré le raisonnement. Pour les familles qui ont fait ce choix, ces visites de contrôle sont aussi garantes de ce mode d’instruction. Les réintégrations d’élèves dans le système scolaire sont extrêmement rares et notre volonté n’est en aucun cas de nuire aux familles ».

Nolwenn Pareige