La rentrée… à la maison

Article paru dans l’Est Républicain le 03/09/2012

« 30.000 ENFANTS SERAIENT INSTRUITS À DOMICILE, 18.818 SELON LE MINISTÈRE DE L’EDUCATION NATIONALE. LA RENTRÉE… À LA MAISON. »

Ni cartable, ni transport scolaire : des milliers d’élèves vont faire leur rentrée à la maison, par choix de vie des parents, par défiance envers le système scolaire ou par nécessité, pour s’adapter au rythme de l’enfant ou pour raisons médicales. Quand l’enfant est tout petit ou encore dans le ventre de sa mère, « la décision de faire école à la maison relève d’un vrai choix de vie », explique Christelle, bénévole de l’association LAIA (Libres d’apprendre et d’instruire autrement) créée il y a une dizaine d’années, qui a fait ce choix. « Je les avais maternés, c’était une continuité. Je voulais leur apprendre à lire mais je ne pensais pas le faire aussi loin », ajoute la mère de trois enfants dont deux poursuivent des études supérieures. Le benjamin s’est inscrit en capacité en droit.

En revanche, quand cette décision est prise alors que l’enfant est déjà scolarisé, « en général, c’est parce qu’il y a eu des problèmes avec l’école : les parents s’aperçoivent que ça ne correspond pas au rythme de l’enfant ou qu’il y a eu des problèmes de violence », explique la bénévole qui vit en Picardie.

Parfois, les parents « ne sont pas satisfaits du système scolaire quand l’enfant a des difficultés d’apprentissage, ou quand au contraire l’enfant avance plus vite que ses camarades et qu’il s’ennuie. Ça peut aussi être pour refuser un redoublement », poursuit-elle. Les trois enfants de Kristin ont fait des allers et retours entre la maison et l’école. « Quand mon premier enfant est entré en maternelle, ça ne s’est pas bien passé, la maîtresse n’était pas très à l’écoute », dit-elle.

L’INADAPTATION EN TÊTE DES MOTIVATIONS

« Et de fil en aiguille, il a eu toute sa scolarité à la maison. Il est allé en terminale pour passer son bac », ajoute Kristin, avant d’intégrer une école d’architecture à Nantes. « Le mode de vie nous plaisait. On a beaucoup voyagé et écumé les musées ».

Ce phénomène d’école à la maison prend de l’ampleur, assure Christelle : « On n’a pas de chiffres car on n’arrive plus à recenser mais il y avait 30.000 enfants environ en 2010, et on est sûr que c’est bien plus ». Selon le ministère, en 2010-2011, 18.818 enfants étaient instruits à domicile mais cela « ne concerne qu’un nombre extrêmement réduit d’élèves : moins de 0,2 % de la population scolaire relevant de la scolarité obligatoire ».

L’inadaptation de l’enfant au système scolaire arrive en tête des motivations des parents, suivi de problèmes de santé, de questions d’itinérance, phobie scolaire, éloignement géographique d’un établissement scolaire, questions religieuses ou encore handicap, selon le ministère.

L’inspection d’académie fait au moins un contrôle par an, mais certaines familles s’opposent aux tests destinés à comparer le niveau scolaire de leur enfant avec celui des enfants du même âge scolarisés. Elles estiment que leurs enfants peuvent avoir un niveau plus élevé dans certaines matières et moindre dans d’autres, dit M e Cédric Plantavin. Cela crée des tensions avec l’administration, ajoute l’avocat niçois qui défend sept familles devant des juridictions administratives et pénales, et conseille une quinzaine d’autres familles. « L’instruction est obligatoire jusqu’à 16 ans, et à 16 ans on doit acquérir un socle commun de compétences. Mais il n’y a pas de paliers à respecter pour les familles qui optent pour l’instruction » à la maison. « Il y a beaucoup plus de procédures qu’avant : on est passé d’une procédure tous les trois ou quatre ans, à cinq parfois dix procédures par an », ajoute Me Plantavin.