Apprentissages Informels

Les apprentissages informels sont par nature difficiles à appréhender. Le chercheur britannique en sciences de l’éducation, Alan Thomas écrit à leur propos : « Certaines personnes qui ont étudié l’apprentissage informel des adultes le décrivent comme ‘insaisissable’,‘évanescent’,‘implicite’ ».

Cette particularité des apprentissages autonomes explique la rareté des recherches et des ouvrages. La plupart des informations et des auteurs sur le sujet sont essentiellement anglophones. En France, les apprentissages informels restent encore très marginaux dans le milieu éducatif.

John Holt, enseignant, chercheur en sciences de l’éducation et écrivain américain, aurait été le premier à utiliser le terme de « unschooling ». En français, les traductions proposées sont les suivantes : « apprentissages non formels et informels, apprentissages auto-gérés, apprentissages autonomes, apprentissages libres, etc. ».

Le « unschooling », branche active du « homeschooling » (école à la maison) aux États-Unis, est une façon radicalement différente d’aborder l’apprentissage chez l’enfant. 
 « Unschooling » signifie en quelque sorte un refus d’école (ce qui est différent de « homeschooling ») et donc d’instruction suivant les normes en vigueur.

Les parents qui font le choix des apprentissages informels dans le cadre de l’instruction en famille feraient-ils donc figure de précurseurs en France où l’école est le lieu traditionnel des apprentissages ? Il est d’ailleurs difficilement concevable pour certains qu’un enfant puisse apprendre autrement qu’à l’école, sous la direction d’un enseignant et la contrainte d’un calendrier scolaire. Pourtant, depuis sa naissance l’enfant apprend tout le temps. Pourquoi y aurait-il une rupture à un âge donné qui ferait que l’enfant doive alors être contraint pour apprendre, ce qu’il a fait jusqu’à alors naturellement ? John Holt constate qu’« il est impossible d’être vivant et conscient (et certains diraient même inconscient) sans être constamment en train d’apprendre quelque chose. ». Cet « irrépressible » besoin d’apprendre des enfants conforte certains parents dans le choix de privilégier les apprentissages informels et auto-gérés. En suivant le rythme d’apprentissage propre à chacun de leurs enfants, les parents découvrent souvent et avec un certain étonnement, comment ils peuvent apprendre à lire ou à écrire aussi facilement et avec autant de plaisir qu’ils ont appris à marcher ou à parler, simplement parce qu’ils sont prêts.

Comme le remarque Alan Thomas, l’enfant n’a d’ailleurs pas non plus nécessairement besoin qu’on lui enseigne : « Les enfants apprennent la grammaire de leur langue, qui est très complexe, sans qu’on leur enseigne quoi que ce soit. ». Dans le cas des apprentissages autonomes, l’adulte n’est donc pas celui qui enseigne. Il accompagne. Il est à l’écoute, il se met à la disposition de l’enfant. C’est l’enfant qui sollicite l’adulte. Alan Thomas rapporte l’histoire d’une enfant qui « apprenait tout sauf ce que sa mère avait essayé de lui enseigner » et qui « [à] l’âge de 11 ans, […] était au niveau de ce que les enfants apprennent au même âge à l’école, […] ». Non seulement certains enfants veulent apprendre seuls mais une aide, même bienveillante, peut ne pas être souhaitée. John Holt mentionne dans son ouvrage Les apprentissages autonomes le courrier d’une mère qui illustre les « dangers d’une aide bien intentionnée mais non sollicitée ». Cette mère raconte comment son intervention alors que ses enfants étaient en train de jouer s’était soldée par l’interruption du jeu en question. Elle avait en effet essayé de profiter de ce moment de jeu pour dispenser des connaissances à ses enfants qui n’avaient rien demandé. /p>

Les parents qui font le choix des apprentissages autonomes dans le cadre de l’IEF le font aussi et surtout pour préserver le mouvement naturel et spontané de l’enfant qui est de découvrir le monde par lui-même que ce soit par le jeu ou en dehors du jeu. Chaque individu, quel que soit son âge, a un mode de fonctionnement qui lui est propre et intime, un processus d’apprentissage qui relève de la mécanique de précision et qui peut être très facilement perturbé. John Holt l’exprime ainsi : « Des milliers de parents qui font l’instruction en famille ont expérimenté […] qu’interférer dans les jeux et les apprentissages des enfants y met souvent fin. Les parents apprennent cette leçon facilement. Pourquoi est-elle si difficile à apprendre pour les personnes qui enseignent dans les écoles ? ».

En France, certains comme Jean-Pierre Lepri, qui fut notamment Inspecteur hors classe de l’Éducation nationale, sont conduits par l’expérience à apprécier la capacité intrinsèque de l’enfant à apprendre : « Lorsqu’il est détendu, l’enfant apprend spontanément, car apprendre fait partie de sa nature ».

Célestin Freinet, pédagogue français mort en 1966, écrivait : « Au lieu de considérer, comme le fait la scolastique, que l’enfant ne sait rien – ce qui est évidemment faux – et qu’il appartient à l’éducateur de tout lui apprendre – ce qui est prétentieux et irréalisable – nous partons, pour notre enseignement des tendances naturelles, chez tout individu sain, à l’action, à la création, à l’amour du beau, au besoin de s’exprimer et de s’extérioriser…».

Et le constat – l’enfant apprend tout le temps, naturellement – ne se réduit pas à la seule période de la toute petite enfance, il perdure bien au-delà. Mais comme Alan Thomas le relève : « Les éducateurs professionnels ne peuvent pas s’en rendre compte. Brusquement, il y a une coupure et les enfants sont exposés à un mode pédagogique complètement différent. La première pédagogie est proactive et informelle. La deuxième est fondée sur le ‘je vais te dire ce que tu vas apprendre’. Elles sont très, très différentes. ».

********

Définition des apprentissages formels et informels par la Commission Européenne :

« La définition et la compréhension de ce qui relève de l’apprentissage formel, non formel ou informel peuvent cependant varier d’un pays à l’autre.

Les définitions suivantes sont utilisées au niveau européen :

- L’apprentissage formel est généralement dispensé par des établissements d’enseignement ou de formation, avec des objectifs d’apprentissage structurés, une durée d’apprentissage et un soutien fourni. Il est intentionnel de la part de l’apprenant et entraîne une certification.

- L’apprentissage non formel ne relève pas d’un établissement d’enseignement ou de formation et ne mène généralement à aucune certification. Il est toutefois intentionnel de la part de l’apprenant et présente des délais, un soutien et des objectifs structurés.

- L’apprentissage informel résulte d’activités quotidiennes liées au travail, à la vie de famille ou aux loisirs. Non structuré, il n’entraîne généralement pas de certification. Dans la plupart des cas, il n’est pas intentionnel de la part de l’apprenant. »