Surdouance

Témoignage de Marie …

« SUREFFICIENCE » ET INSTRUCTION EN FAMILLE

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterai donner ma position sur les termes utilisés. En effet, il existe différents mots pour parler de ce phénomène et ils ne sont pas très satisfaisants à mon sens.

  • Précoce (ou EIP) : ce mot signifie « en avance » et sous-entend qu’on va donc être rattrapé… Or, des personnes adultes sont concernées.
  • Surdoué : ce terme a aujourd’hui une connotation orgueilleuse, qui met le côté « don » ou « douance » en avant, alors que chacun a des dons différents et qu’il me parait injuste de dire que tel ou tel don vaut mieux qu’un autre.

Je préfère donc actuellement le terme de surefficience, (ou de personne à haut potentiel (HP), même si le préfixe reste connoté.

Si l’on considère l’intelligence (sous toutes ses formes) comme une efficience, donc comme un potentiel, on se place alors en termes de possibilités et non d’obligation.

On attend souvent d’une personne, dite surefficiente mentale, qu’elle soit douée dans tout …alors qu’elle n’a que des hauts potentiels…qui ne seront pas forcément tous développés.

Ne pas confondre, donc, efficience et efficacité.

Les personnes surefficientes ont effectivement des capacités supérieures à la moyenne et des potentiels plus élevés que les « normo-pensants », mais ils ont aussi plus de difficultés…

Quand nous avons compris et appris que nos enfants faisaient partie de cette catégorie de personnes, nous avions déjà fait le choix de l’instruction en famille et nous le vivions déjà depuis 10 ans…

Ce n’est donc pas un choix lié à leurs profils particuliers.

Par contre, nous réalisons chaque jour la chance que ça a pu être pour eux de ne pas être dans un système qui aurait pu leur faire perdre, ou cacher, ce potentiel…bien que ce soit ce système qui nous l’ait fait découvrir.

En effet, c’est après que notre seconde fille ait voulu essayer l’école (et y soit restée pour faire tout son CP, à sa demande), que nous avons rencontré des difficultés dans nos relations avec elle et que nous sommes allés voir une psychologue qui l’a testée et a posé le diagnostic : grande précocité, QI très supérieur à la moyenne et âges mentaux en avance de 2 à 5 ans selon les domaines.

Heureusement, la psychologue nous a détaillé tout ça et expliqué à quoi ça correspondait dans chaque item, et elle nous a donné des pistes d’aide.

Elle nous a dit que l’IEF, pour ces enfants là, était une très bonne solution car permettait justement d’aller au rythme de l’enfant, rythme très spécifique et changeant…

Elle nous a également expliqué qu’il y avait différents profils d’enfants surefficients et que selon le profil, les comportements et l’évolution n’étaient pas les mêmes.

Depuis, nous savons que nos autres enfants ont aussi ce profil particulier, avec des variantes bien à eux, et nous nous adaptons.

L’IEF, qui n’était donc pas un choix relatif à ces profils au départ puisque nous l’ignorions, s’impose presque aujourd’hui encore plus qu’avant.

J’ai suivi des cycles de conférences et lu un tas de livres sur le sujet depuis, et le système scolaire semble loin d’être adapté à ces enfants, même si des efforts sont faits pour leur prise en charge.

Le problème n’est pas tant au niveau scolaire et cognitif qu’au niveau relationnel et comportemental…

On croit souvent que ce sont des génies, mais (à part une petite partie d’entre eux), il n’en n’est rien !

Au contraire, ils sont bien mal à l’aise dans les apprentissages, dont ils ignorent souvent comment ils les acquièrent…

Et bien mal à l’aise dans leurs relations aux autres et à eux-mêmes, dont ils ignorent souvent les codes, car ils ont un système de pensée et de valeurs différents de celui des normo-pensants.

Ce serait long à expliquer ici dans les détails, mais les caractéristiques particulières des enfants surefficients les rendent fragiles, souvent peu confiants en eux-mêmes et dépendants du regard approbateur extérieur.

Apprendre à « se fondre » dans la société, tout en restant soi-même et en osant l’être, est un apprentissage quotidien que la maison peut offrir en toute sérénité.

Si l’IEF est une chance pour tous les enfants qui la vivent, je crois qu’elle l’est aussi pour ces enfants qui peuvent, du coup, vivre pleinement leur différence et l’apprivoiser.

Les études montrent que les enfants surefficients scolarisés ont tendance à cacher leur haut potentiel pour rentrer dans le moule et sont souvent en échec scolaire…et personnel.

Par contre, plus je vois de familles en IEF et leurs enfants, plus je me pose de questions…

Je suis en train d’élaborer une théorie…

Je me demande dans quelle mesure ce ne serait pas aussi l’IEF qui « produirait » des enfants surefficients… ?

Les stimuler dès le plus jeune âge en les laissant vivre à côté de nous et de nos passions, les laisser aller à leurs rythmes, les laisser jouer et développer leur cerveau tranquillement mais solidement, les regarder avec bienveillance et leur donner temps, disponibilité et sécurité…tout ça ne contribuerait t-il pas à les rendre surefficients ?

Ou alors, n’avons nous pas senti inconsciemment que nos enfants étaient différents, ce qui nous aurait poussé à faire ce choix ?

Je me pose aujourd’hui toutes ces questions…

En tout cas, nous avons hésité à faire ces tests, avec la peur de mettre une étiquette sur nos enfants…

Mais ne pas comprendre leurs comportements, même avec toute la bienveillance possible, était très difficile et culpabilisant.

Nous nous demandions ce que nous avions fait ou raté pour que nos relations soient si difficiles…

Savoir que personne n’y est pour rien, que nous ne sommes pas « de mauvais parents », ou que nos enfants ne sont pas juste « des sales gosses caractériels », a été un soulagement pour tout le monde.

De le savoir a changé d’emblée certains de leurs comportements.

Sans pour autant se cacher derrière ces particularités pour tout excuser, ou tout expliquer, nous avons quand même conscience que certaines réactions, certaines incompréhensions, sont liées à ces profils et nous en tenons compte dans notre parentalité.

Cela nous permet de tout relativiser et de vivre l’IEF comme une force et garder le bon cap !

Ce que nous n’aurions peut-être pas réussi sans ça : rien n’arrive par hasard…

Marie

Bibliographie (non exhaustive !) :

  •  « Je pense trop » de Christel Petitcollin.
  •  « Guide pratique de l’enfant surdoué » de J.C Terrassier.
  •  « Petit guide à l’usage des parents qui trouvent à juste titre que leur enfant est doué » de Béatrice Millêtre.
  •  « L’enfant surdoué : l’aider à grandir, l’aider à réussir » de Jeanne Siaud-Fachin.
  •  « Pour que mon enfant réussisse : le soutenir et l’accompagner » de Monique de Kermadec.