Billet d’humeur

Blanquer joue “Pinocchio au Sénat”

Une mascarade au Sénat ce mardi, “Pinocchio al senato”, seule activité culturelle autorisée dont le niveau a dû faire hurler les intermittents. Entre incohérences et mensonges, les Sages et le gouvernement au long nez à court d’arguments tiraient sur la corde sensible des enfants en négligeant l’essentiel : les jeunes, sujets de droit à part entière, ne sont pas des pantins !

La situation est burlesque, le jour où commence piteusement l’école à la maison pour 12 millions d’élèves français, l’instruction en famille (IEF) se retrouve sur le banc des accusés, coupable d’augmentation d’effectif (0,4 % des jeunes en âge d’instruction). Doit-on rappeler que la loi pour l’école de la confiance (2019) a abaissé l’âge d’instruction obligatoire à 3 ans et que nous traversons une crise sanitaire sans précédent ?

Certes le Sénat a relaxé les présumés coupables en maintenant le régime déclaratif en vigueur alors que le gouvernement tentait de réintroduire un régime d’autorisation. Pour l’association Les Enfants D’Abord, l’IEF n’a rien à faire dans ce projet de loi sécuritaire. Les accusations de séparatisme et radicalisation ne sont pas justifiées : fait constaté par le rapporteur et rappelé par les sénateurs, “une liberté constitutionnelle ne peut être soumise à autorisation” (Gatel).

Régime de déclaration renforcée ou atteinte aux libertés déguisée? Le Sénat fait dans la demi-mesure !


“Une étude d’impact lacunaire” critique le rapporteur en s’interrogeant sur “le véritable lien entre instruction en famille et radicalisation” car “aucun document attestant ce lien ne lui a été présenté”, pourquoi alors durcir le cadre légal déjà contraignant ?

Nous sommes en effet étonnés que les Sages ne soient pas allés au bout de la démarche de supprimer tout article relatif à l’IEF après le recentrage du débat comme Laurent Lafon l’a rappelé :  “ce n’est pas un texte sur l’école ou l’instruction mais [sur] les séparatismes. C’est dans cette optique que nous l’avons examiné”.

Des sénateurs avec un train de retard qui font la leçon de la modernité

C’est pour apporter “une modernité au cadre législatif” que le rapporteur a justifié le renforcement de l’encadrement de l’IEF. Pourtant, depuis 1998, les lois relatives à l’IEF se multiplient sur des bases infondées et dans un climat de suspicion. A tel point que certains se sont pris les pieds dans le tapis, comme N. Delattre qui n’est pourtant pas novice sur le sujet, déposant un amendement sur les contrôles inopinés déjà adopté en 2019.

Une surprenante volte-face du Ministre de l’Education

Nous n’étions pas au bout du spectacle quand M. Blanquer a fait tomber le masque :  “Vous présupposez qu’un régime déclaratif serait plus conforme aux libertés qu’un régime d’autorisation”.
Est-ce le même ministre qui, le 14 février 2019, rendait un avis défavorable à la proposition de soumettre l’IEF à un régime d’autorisation, en approuvant que “La liberté de l’enseignement est un  principe à valeur constitutionnelle. Instaurer une autorisation préalable irait à l’encontre du principe du choix de l’instruction”?

Le 18 juin 2020, il jurait devant la Commission du Sénat à propos de l’IEF, “sur le plan juridique, je crois que nous sommes parvenus à un bon équilibre”.

Que s’est-il passé entre juin et septembre 2020 pour que le ministre fasse volte-face ? Un véritable tsunami de l’IEF ou une croisade pour les présidentielles ? JM Blanquer serait-il donc prêt à tout pour défendre son président, quitte à se parjurer ouvertement devant la même chambre à quelques mois d’intervalle ?
Voilà qu’il change radicalement de posture prétextant soudainement que c’est pour le bien des enfants, ce qui ne semblait pas le préoccuper auparavant : “Le régime d’autorisation permet une approche a priori, qui est donc plus protectrice des enfants.”
Est-ce dans le même intérêt des enfants qu’il maintenait l’école depuis des mois au prix de morts de parents d’élèves de plus en plus nombreuses ?

Jean-Michel Blanquer, pantin malgré lui ?

“Nous n’avons jamais eu l’objectif d’en finir avec l’IEF”, voilà ce qu’a martelé le ministre qui visiblement a la mémoire courte puisque le 2 octobre, E. Macron annonçait “dès la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès trois ans. L’instruction à domicile étant strictement limitée aux impératifs de santé.”
La conservation de cet article 21, malgré le maintien du régime déclaratif, dans un projet de loi qui ne le concerne pas n’aurait-il pas pour but d’interdire l’IEF par des moyens détournés ?

Crispé, sans doute occupé à mentir sur le crash de l’ENT (école en ligne), il a ressassé les mêmes exemples, oubliant que l’actualité n’était plus la même en ce printemps 2021 et qu’il était malvenu de faire des analogies inappropriées “aujourd’hui, il est plus facile d’ouvrir une école qu’un bar”. Les patrons de troquets lèveront le verre pour oublier le cynisme du ministre !

Quant au refrain “Plus de la moitié des élèves des écoles clandestines que nous démantelons sont déclarés en instruction en famille” les deux ministères interrogés se renvoient la balle, incapables de préciser les données. Comment ne pas être agacés par “le constat empirique de la présence d’enfant en IEF dans des écoles clandestines” et que dire des “amalgames assez malhonnêtes” (Piednoir) entretenus par le gouvernement ?

École, IEF et émancipation, termes antinomiques ou accordables ?

Cette agitation théâtrale nous fait presque oublier l’essentiel, la France légifère aujourd’hui sur l’enfance, se déchirant à définir ce qui est bon pour elle. Pourrait-on envisager de permettre aux jeunes personnes de s’exprimer sur un sujet qui les concerne ? Ce n’est en tout cas pas l’avis du ministère de l’Education qui a rejeté cette proposition des associations et collectifs d’IEF. Ce sont donc des grandes personnes qui se sont exprimées pour les plus jeunes sur ce qu’est ou doit être l’école à partir de leur expérience.

M. Sueur “Nous sommes nombreux sur ces bancs à devoir beaucoup à l’école” vs Mme Préville. “Mon expérience m’amène à dire que tous les enfants ne peuvent pas s’épanouir à l’école.”

Peut-on s’étonner qu’au sein du sénat, tous n’aient pas le même regard sur l’école ? Serait-ce parce que certains sont séparatistes et d’autres pas ?

Pour conclure, durant ce débat, chacun y allait de sa réplique invoquant tantôt les punitions collectives tantôt les copies hors sujet, sans que soit introduit dans ce projet de loi le vrai sujet de fond : “L’école, peut mieux faire !”

Si l’école était véritablement épanouissante, il ne serait pas nécessaire de casser la dynamique inverse, simple révélateur d’une école en souffrance. Il serait plus utile de rendre l’école attrayante en la diversifiant sur le plan pédagogique, en ayant une véritable politique de mixité sociale et en mettant les moyens humains pour éviter les fuites.

Maintenons le pluralisme éducatif, les bons républicains ne sont pas des pantins!